La pure présence comme miroir révélateur de la folie égotique
La méthode que je pratique est issue de la simple présence d’être là en face de la personne. Je suis totalement présent à elle, à son écoute. Je lui renvoie ainsi son propre fonctionnement, et souvent l’explication afférente à ses dysfonctionnements psychosomatiques. En laissant la présence de la relation patient / thérapeute agir, l’interaction authentique (sans valeur, sens moral, définition, étiquetage, …) devient un véritable miroir pour la personne qui constate elle-même les désagréments de son fonctionnement psychique sur le corps et donc sur sa présence au monde et aux autres. C’est un apprentissage au présent de la connaissance de soi qui ouvre de nouvelles possibilités d’être, et d’agir sur soi, afin d’être en phase avec ce que la réalité du moment propose.
La présence-miroir que j’adopte peut se définir de l’extérieur par un corps immobile, une respiration calme et lente, un regard profond et fixe, une voix posée et un langage concret qui s’appuie sur le fonctionnement le plus souvent insouciante que j’observe chez le patient. Ainsi, la personne ne peut fuir le moment présent de ce qu’elle est et de la façon dont elle fonctionne.
Par ma présence-miroir, je catalyse son attention sur elle-même et ne lui offre aucune occasion de distraction ou de fuite de ce qui se joue en elle.
Je deviens ainsi un miroir révélateur de l’état intérieur de la personne. Est-elle présente, ancrée en elle-même ou en fuite permanente ? Cela va très vite à observer et à ressentir. Il suffit de regarder les yeux et son agitation pour voir que la personne est partie dans ses pensées ou bien présente à ce qui est, c’est-à-dire consciente d’elle-même dans la relation, sans projection ou intervention du mental.
Pour ma part, je définirais la présence-miroir comme étant une attitude intérieure où il n’y a ni mental ni résistance à ce qui est, ce qui fait que l’image de la personne en face de moi prend multiples formes révélant les différentes facettes cristallisés par ses attitudes mentales. Parfois, l’apparence de la personne s’efface complètement. Je ressens simplement un état. Et l’œil physique a laissé la place à une perception métaphysique infinie dans laquelle je n’existe plus en tant que thérapeute, et où je suis une pure présence révélatrice de la problématique de l’autre. Ainsi, je ne fais plus rien, je ne veux plus rien car la réalité fait ce qu’elle a à être. Le pouvoir du moment présent reprend alors ses quartiers… et ne fait pas de quartier !
La fonction révélatrice de la pure présence va bien au-delà de la relation thérapeutique qui fige chacun dans un rôle égotique bien identifié, donc aliénant. La présence-miroir ouvre la voie d’une nouvelle approche d’accompagnement des personnes en souffrance. Elle annihile le pouvoir hypnotique du mental ; ce qui libère le moi profond de la personne qui peut enfin ressentir la paix intérieure ; à partir du moment où elle a cesser de s’identifier aux pensées ; ces forment abstraites et illusoires qui l’hypnotisent.
De ce point de vue, faire de l’hypnose pour soigner des troubles revient à déplacer le problème. Au lieu de rendre lucide la personne sur son dysfonctionnement psychique, je la mets dans un autre état d’hypnose pour soigner son attitude hypnotique habituelle. C’est le chien qui se mord la queue. Je peux soulager la personne sur un trauma ou un phobie, mais ça ne règle pas le problème de fond, son attitude mentale envers ce qui est ici et maintenant. Eckhart Tolle dit que la pure présence efface instantanément le passé et l’avenir. C’est en cela précisément, que la présence est libératrice. Les outils thérapeutiques, les méthodes de soins peuvent être efficaces bien sûr, mais n’ont pas ce pouvoir libérateur. Les thérapies cherchent à soigner les problématiques personnelles afférentes à l’ego. La pure présence est libératrice parce qu’elle s’est affranchie du diktat du mental.
La présence-miroir est une voie d’éveil spirituel, qui guérit effectivement, parce qu’elle sauve la personne de sa propre prison, le corps mentalisé, égotisé, étiqueté, morcelé, limité, cristallisé ; où l’énergie de vie a été stoppée par les mots-barrages, véritables centrales aux maux (pathos-hydroliques), qui figent les souvenirs signifiants dans le champ énergétique du corps.
La puissance de ce qui est agit à travers le champ énergétique qui m’entoure. Ce qui se dit à travers ce que je suis, est profondément agissant parce que les mots viennent du fond de la présence infinie. Le silence révélateur de la pure présence est en soi suffisant pour ne plus avoir besoin de dire avec la bouche ce qui est manifeste. Le mot reste un outil secondaire utile pour mettre en lumière ce que la personne est en train de vivre. Le mot et son sens doivent rester à leur place : dans l’abstraction et le conceptuelle. La pure présence se passe de mots. Parce que le mot n’est pas la présence mais une idée que l’on se fait sur la présence. Alors, écoutez le silence infini vrombissant de votre présence !
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